Mercredi 14 novembre 2007

  

L’attribution du Prix Nobel de la Paix 2007, couronnant les travaux du GIEC et d’Al Gore, consacre l’importance majeure prise par les questions écologiques depuis maintenant une décennie.

L’immédiate après-fin du bloc soviétique et de la vision bipolaire a permis une focalisation des organisations internationales sur des problèmes en apparence nouveaux, découlant en partie de l’accélération des échanges commerciaux, de l’accentuation de l’économie mondialisée, et de la mutation des modes de vies en découlant.

A l’échelle internationale, le premier coup de loupe d’ampleur sur les questions environnementales a été porté lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992. Encore marginale à cette époque, l’écologie constituait, pour l’essentiel, le domaine réservé de quelques ONG et de partis politiques très ciblés sur le sujet. Toutefois, ce sommet a largement contribué à enclencher un intérêt certain pour la protection de l’environnement à travers notamment l’élaboration de l’Action 21, plus communément connu sous le terme d’Agenda 21. C’est également ce sommet qui constituera la base des réflexions de la communauté internationale pour l’actuel Protocole de Kyoto, dont l’objectif principal est la réduction de l’émission des gazs à effet de serre. Enfin et surtout, ce sommet a facilité le déclivage généralisé des questions écologiques. Déclivage scientifique d’abord, car l’écologie intéresse de nombreuses disciplines : climatologie, géophysique, science politique… Déclivage géographique ensuite, car il s’agit là d’un problème qui ne connaît pas de frontière. Déclivage idéologique enfin parce que l’écologie n’est ni un problème de gauche, ni un problème de droite. Elle dépasse largement les cadres doctrinaux des partis. Les thèmes écologiques ont d’ailleurs fait une entrée sans précédent dans la dernière campagne présidentielle française. En menaçant de se porter candidat, l’animateur vedette Nicolas Hulot a fait un travail de lobbying jusqu’ici jamais vu, avec l’acceptation par la quasi-totalité des candidats, d’un programme d’action écologique. Aux Etats-Unis, se tenait le 28 septembre dernier, une conférence sur « la sécurité énergétique et le climat » à Washington, lors de laquelle le Président Bush a reconnu qu’il serait souhaitable d’envisager le développement de nouvelles technologies répondant aux besoins croissants d’énergies tout en réduisant la pollution atmosphérique. Le Gouverneur Républicain de Californie, Arnold Schwarzenegger a choisi d’aller à contre-pied des positions de l’administration américaine en mettant son Etat en conformité avec les objectifs du Protocole de Kyoto.

Ce déclivage idéologique est sans aucun doute ce qui aura facilité cette prise de conscience sans précédent pour les problèmes écologiques et tous ceux qui y sont liés.

Au-delà de la théorie scientifique dominante, partisane d’un constat de déséquilibres climatiques : réchauffement planétaire, montée des eaux, augmentation du nombre de dérèglements en tous genres –tsunamis, cyclones, inondations, sécheresses, vagues inhabituelles ou rapprochées de canicules ou de froid- c’est bien de l’écologie dans sa globalité dont il est question et non plus seulement de sa conception réduite à la défense de la faune, de la flore et des équilibres climatiques. La sécurité énergétique dans un contexte d’émergence/réémergence de puissances nouvelles : Chine, Inde, Russie, Brésil, Iran…devient de fait essentielle. Avec à la clé un dilemme cornélien. Comment répondre à une demande énergétique qui s’accroît à un rythme effréné, en raison de l’évolution démographique mondiale et du nivellement des niveaux de vie par le haut, alors même que les ressources les plus utilisées (pétrole en tête) ne sont ni inépuisables, ni propres (les déplacements des deux roues,  voitures, poids lourds, et la hausse du trafic aérien sont les principaux responsables de l’émission anthropique de  CO2) ? Se combine à cela la question de la sécurité alimentaire : quelles cultures et quels élevages avec quels moyens ? La réflexion et les recherches sur les OGM participent de nos inquiétudes, qu’elles soient fondées ou non.

Repenser l’économie en rapport des nouvelles conditions environnementales est aussi devenu une nécessité. La science économique a depuis plusieurs années déjà conceptualisé l’économie environnementale pour répondre au mieux aux exigences du concept de développement durable. Pour finir, l’équilibre des puissances pourrait lui aussi s’en trouver que plus bouleversé.

Il ne s’agit nullement d’être alarmiste. En revanche, permettons-nous d’être réalistes. La course aux énergies peut vraisemblablement devenir le véritable nerf de la guerre des futurs conflits inter-étatiques. Sans même parler de conflit, la volonté affichée par l’Iran de développer un programme nucléaire sans que l’on sache précisément si l’objectif poursuivit est d’ordre civil ou militaire, associe de manière très étroite la question écologique à celle de la paix.

Rappelons-nous qu’en 2004, la militante écologiste Kenyane Wangari Maathai, fondatrice en 1977 du « Mouvement de la ceinture verte » s’était vue décerner le Prix Nobel de la Paix pour sa contribution à la promotion du développement durable, des droits de l’Homme et de la démocratie. Les travaux du GIEC -groupe créé entre autre à l’initiative de l’ONU- et les efforts de l’ancien Vice-Président Al Gore en faveur de l’action écologique, récompensés par ce Prix Nobel, soulignent plus que jamais l’étendue du problème qui attend la communauté internationale.

Après l’éveil des consciences, la prochaine étape consistera à trouver un consensus  avec les Etats du « Carbon Club » (dont les « Juscanz » : Japon, Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) et les nouvelles puissances grandes pollueuses que sont la Chine et l’Inde. Une tout autre histoire…

 

Par Denis Saint-Martin
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